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La nuit promet d'être longue

Filed under: Écriture

La nuit promet d’être longue

Je ne sais pas quelle question devrait se répéter dans mon esprit
Comment imaginer que les choses puissent être pires dans la mort
Est-ce que ça vaut le coût d’attendre quelque chose de cette vie
Je continue de garder espoir, prendre soin de moi, rester fort
De toute façon y’a que comme ça qu’on peut à peu près profiter
Je ne sais pas quelle divinité remercier pour m’avoir mis ici
Je ne vis pas dans ces pays qui ne cessent de se déchirer
Dans des guerres où le moindre sourire est brûlé à l’acide
Un adolescent rate une tentative, la rage lui monte à la tête
Pourquoi être la proie lorsque tu peux être le prédateur
Le mauvais rôle change de camp, rien ni personne ne l’arrête
Victime de harcèlement gratuit, dans ses rêves devient Führer
Fureur de toujours croire tout savoir mais ne rien comprendre
Passe-temps favori des démons au Paradis, parle d’une autoparodie
Pas de remise en question, pas le temps d’oublier et apprendre
La santé attendra demain, souffre et tais-toi, t’as pas un radis
Pourquoi je fais partie de ces abrutis qui ont été épargnés
Pourquoi dans mon pays ils ne veulent pas s’en rendent pas compte
Non contents d’être en paix, ils spamment Instagram pour troller
Enfermés entre quatre murs, au moins on est à l’abri du monde
Un enfant au destin prometteur se fait faucher par un soulard
Un ingénieur révolutionnaire disparaît de façon mystérieuse
Sois pas trop gentil, ici ceux qui survivent sont les charognards
Les croqueuses de diamants se font aimer de leur voie mielleuse
Un coup de batte part trop vite, une femme perd son mari dans l’alcool
Une école brûle, des rêves sont annihilés, direction les barreaux
Une grenade explose, une serrure tombe, une gamine subit un viol
Et après les héros sont ceux qui épuisent et tuent un taureau
Un taureau de corrida, c’est tout ce que je suis en fin de compte
A courir derrière de l’argent, du bonheur et de la tranquillité
Devine qui joue le rôle du toréro ? La cape s’envole, ma rage retombe
Aviso, aviso, que le sang des innocents fasse la liqueur des retardés
La vie animale recule, mais si l’humain n’avance pas, où veux-tu qu’on aille
Vers un monde rempli d’ennui où rien ne vaut la peine d’être vécu
Bichonne des enfants avant qu’ils ne passent leur vie chez France Travail
A moins que 2020 ne se répète, pense à faire du stock de PQ
Les mensonges rapportent de l’argent, les gens veulent des sensations
Le bonheur est monotone, le monde va mal, il faut un coupable
Du moment qu’il ne soit blanc, cis, hétéro ou de la bonne nation
Je n’affabule pas, je sais de quoi les antagonistes sont capables
Un journaliste est accusé de viol pour mieux descendre sa réputation
La fake news est répétée pour que monsieur tout-le-monde puisse y croire
La vérité fait mal, sauf lorsque tu peux la déformer pour des millions
La justice est une arme à feu, si tu ne l’acceptes pas, va te faire voir
Circule y’a rien à voir, continue de te divertir sur son smartphone
Y’a tout ce qu’il faut près de toi pour que ton apathie tu puisses nourrir
Je vais te dire, je ne vaux pas mieux, mes hurlements sont aphones
Tu peux continuer de dire et de médire, c’est plus facile que d’agir
Alors je pleure l’état de ce monde, parce que je n’ai rien à proposer
J’ai aucune bonne initiative et j’ai déjà ma dose de problèmes
J’ai pas d’idées, de toute façon qu’est-ce que ça peut bien changer
Ils apprennent aux jeunes à utiliser XHamster avant de leur dire je t’aime
Il faudra un jour qu’on m’explique qui il reste pour les aimer
Nés dans l’ombre, enfants de la rue, enfants abandonnés de la terre
Pas de place pour toi ici, paie ton joint, ne te fais pas réintégrer
Efforts ou pas efforts, t’as beau être Français tu vivras dans la misère
Licenciements économiques, manifestations héroïques étouffés sous les matraques
Diffamations, réputation ruinée, incitations à la haine raciale
Sexisme banalisé, racisme généralisé, abrutissement vendus en sac
Lois liberticides, luttes fratricides, et que se perdent les balles
Une balle en trop touche le coeur d’un quidam qui n’a rien demandé
Pour cent euros, il laisse derrière lui une veuve et deux orphelins
Je ne sais même plus quel slogan rouge sang je peux encore scander
De gauche, de droite, de toute façon c’est toujours le même refrain
J’oublie dans la bière, j’suis comme tout le monde, j’ai mes drogues
J’ai que ça pour me convaincre qu’il faut continuer à respirer
J’ai beau être autiste et HPI, ça ne changera rien à l’épilogue
J’suis pas un cas à part, trente-cinq ans que je cours à en transpirer
Mais qu’est-ce qui nous attends à l’arrivée, certainement pas la fête
Le peu d’informations positives sont noyées dans le spectre du GAFAM
Tous les chiffres sont en baisse, sauf l’âge de départ à la retraite
Et ceux du suicide, de dépression, de jeunes qui se charcutent corps et âme
Amaterasu, ou quelque divinité majestueuse que vous puissiez être
Si je dois revenir sur Terre après ma mort, faites que ce soit plus vivable
J’veux pas être une contrefaçon avec une enclume à la place de la tête
Et que je n’arrive pas dans un pays où l’école est une utopie inatteignable
En attendant je continue de pleurer ces lignes comme des larmes de sang
Je sais même plus ce que je dois espérer, ce que je dois vivre avant de partir
Et pendant que j’écris ça, une fille adorable se fait casser les dents
Un garçon se fait racketter, une personne trans devient un nouveau martyr
Les martyrs de la résistance se retournent dans leur cercueils
Le cauchemar se répète, des communautés sont asservies pour tes sapes
Qu’est-ce que tu espères pour tes gosses, regarde le comité d’accueil
Que leur réserve la crise de l’adolescence, sans cesse la réalité tape
J’aurais voulu être un chat, mais qui te dit que ce serait plus tranquille
J’ai pas la malhonnêteté d’affirmer que tout va bien quand tout va mal
L’affection est éphémère et se cultive, mais les traumas sont indélébiles
Rien qu’être heureux nécessite une mentalité dure comme du metal
Respect, tolérance, mais seulement quand ça arrange celui qui tient le discours
Le jour où on acceptera la différence n’arrivera pas dans le mois
Je sais de quoi je parle et tu n’as pas envie que je te parle de mon parcours
Toujours pareil, c’est chacun sa merde et c’est l’argent qui fait la loi
La loi du plus fort, la seule chose au monde qui ne puisse être violée
Accepte-là et ne fais pas trop de bruit si tu ne veux pas croupir au cachot
C’est elle qui dicte ses règles sans que tu ne puisses les contester
Peu importe que ses disciples soient des bandits, des anges ou des fachos
Plus personne ne cherche à se battre, plus personne n’aime la culture
La culture du profit déshumanise les hommes parce que le fric est nécessaire
La faim est une arme comme les autres, l’argent est un outil de torture
Ne parle pas trop fort si tu veux jouer les révolutionnaires solitaires
La société abrutit les jeunes à coups de hashtags et après on s’étonne
Qu’à douze ans ils ne sont plus capables d’écrire ni même de tenir un stylo
Et c’est fini l’époque des artistes, maintenant c’est l’IA qui cartonne
Le passé a été réécrit et ils détruisent le futur comme si leur nom était Spyro
Les cités sont en flammes, c’est plus un jeu on n’est plus ici pour s’amuser
Lorsque c’est notre avenir commun, à tous et à toutes, qui est mis en jeu
Je veux vivre, je veux y croire, mais force est de croire que le mâlin est rusé
Vu qu’il me juge sur ses propres critères, je sers à rien et c’est tant mieux
Mieux, toujours mieux que tout le monde, c’est ce que chacun cherche à être
La vie, je vois des tas de jeunes qui ne savent plus ce qu’il faut en faire
Je te vois vivre dans la haine et voler de la thune pour dissimuler ton mal-être
Personne ne leur donne d’indices pour dévier de l’autoroute qui mène en Enfer
C’est le bordel en France, tout le monde gueule mais chacun reste chez soi
Internet est devenu une poubelle, ne réfléchis pas, achète baise et crève
On se rend compte de la valeur du bonheur que lorsqu’on perd son toit
Tout le monde veut paraître adulte, rigide pragmatique et zéro rêves
Refaire le monde, on en rêve tous, mais les méthodes relèvent du génocide
Alors on fait quoi à part que dalle, on s’insulte et on attend le lendemain
Mais demain sera pire, l’intelligence ne sert plus, faisons-en de l’acide
Maintenant j’ai la rage constante sans avoir besoin de serrer les poings
Je suis fatigué, si tu savais comment je suis fatigué d’être fatigué
Pourquoi je ne veux pas d’enfants ? T’as qu’à relire le texte depuis le début
Va dire aux jeunes de travailler quand ils gagnent plus d’argent en tant que guet
Peu importe ton CV, c’est d’où tu viens qui fait de toi un caïd ou un rebut
J’en ai trop vu, trop enduré, j’aimerais m’endormir et ne plus me réveiller
Mais j’ose encore croire que la sélection naturelle n’a pas touché les colombes
Même la nature te déteste, d’une heure à l’autre ton beau pays se fait rayer
Et les cafards baiseront sur ta tombe, autant dire que la nuit promet d’être longue

© Hefka

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