Hefka Games
SOCIAL:

La fin du monde

Filed under: Écriture

La fin du monde

Hello, c’est moi, Hefka, le punk avec son outfit de chat. Pour commencer, je vous propose de remettre les pendules à l’heure : ce texte est une fiction ! Il n’a aucune valeur scientifique, ni politique, ni religieuse. Tout allusion avec des faits existants ou qui existeront dans le futur seraient complètement volontaires. Plus sérieusement. C’est un texte que j’ai écrit impulsivement suite à un mauvais rêve. Vous lisez ce texte en connaissance de cause, et ne commencez pas à raconter n’importe quoi dans la section commentaires !

Chevalier et Laspales, réplique culte du sketch sur le Train pour pau. GIF trouvé sur Tenor

Je ne sais pas s’il s’agissait d’un rêve ou d’une prévision. Toujours est-il qu’en l’état actuel des choses, nous venons de démarrer l’année 2024, et, dans mon cas, c’était de la pire des manières. Entre un gros découvert, des vivres insuffisantes, un appartement croupi qui n’était bon qu’à attirer les moucherons et les cafards. Ouais, on a vu mieux comme début d’année.

J’ai fermé les yeux et je me suis retrouvé à Lyon. Pourtant, il me semble que j’habitais à Nîmes. Enfin, bref, je n’étais pas chez moi, et dans cette dimension-là, j’habitais à Ecully, un joli petit village dans l’Ouest du neuvième arrondissement de Lyon. Enfin, c’était ce que je croyais, jusqu’à ce que je réalise que j’avais rendu les clés et qu’en réalité, je vivais dans la rue comme un SDF.

Un ancien camarade de game jam m’avait invité à prendre l’apéro chez lui. C’était un Metalleux. Nous avions passé un bon moment, nous avions même fait la Japan Touch ensemble, le mois de Mai dernier. Les bons moments sont souvent éphémères et lorsqu’il a commencé à inviter un de ses collègues pour s’enfermer dans son home studio, j’ai, par politesse, annoncé que j’allais rentrer chez moi.

Lyon, huitième arrondissement. Bordel de merde, Ecully c’est de l’autre côté du département. Et pour ne pas arranger la chose, une forte pluie s’est mise à s’abattre sur la ville. Ça commençait bien,cette histoire. Nous étions en plein hiver et c’est pas avec ma tenue de NekoPunk ni avec un ventre vide que j’allais arriver à faire quelque chose, même avec un parka sur moi. Pas très NekoPunk mais au moins c’était fonctionnel.

Je m’appelle Hefka, j’ai le syndrome d’Asperger. J’ai un QI de 144 et aucun sens de l’orientation. C’est le prix à payer pour être surdoué. J’étais perdu dans une ville que je ne connaissais que très peu et dans laquelle je n’avais que des mauvais souvenirs. Le huitième arrondissement de Lyon, c’était assez sympathique mais je n’en connaissais rien. J’allume mon smartphone. Tout va bien, il a encore de la batterie.

Comme je n’ai aucun sens de l’orientation, je me mets à l’abri, sous un espèce de préau qui servait d’entrée d’hôpital. A côté de moi, une dame particulièrement malade s’annonce à l’interphone. On lui rétorque sèchement : “Vous êtes en retard. Vous partez”, elle répond qu’il fait froid et qu’elle n’en a plus pour très longtemps, rien n’y fait. Tant pis, ce n’est pas mon problème.

La première chose que je constate, c’est que j’ai du mal à taper sur le clavier tactile de mon téléphone. Je cherche “Rue Bigot”, sachant pertinemment que cette rue se situait à Nîmes et non pas à Lyon, mais je n’ai pas le temps de m’attarder sur ce genre de détails. Je la met en lieu de départ. J’essaie de taper “Ecully” en destination. Je galère, la saisie automatique a du mal à fonctionner avant de se figer complètement. L’écran s’éteint et j’ai droit à une magnifique publicité de deux minutes pour un site pornographique. Est-ce que c’était vraiment le moment ? Est-ce que j’étais vraiment d’humeur pour ces conneries ?

La publicité s’arrête. Je dois recommencer la procédure depuis le début. Lyon, Rue Bigot, Huitième arrondissement, que je tape tant bien que mal tant le clavier tactile est capricieux. Je saisis “Ecully” en destination, sachant pertinemment que rien ne m’attendait dans ce village. Une seconde publicité pour un site pornographique s’affiche. Bordel, ils peuvent pas retirer leurs publicités, les agents TCL ? (ndlr : TCL est l’entreprise qui s’occupe des transports en communs, dans la métropole Lyonnaise). Je voulais simplement savoir quels bus je devrais prendre pour arriver plus vite à ma destination, même si je savais pertinemment que j’allais devoir resquiller. De toute façon, je n’avais plus rien à perdre.

La pluie redoubla d’intensité. Fou de rage face au non-fonctionnement de l’internet, je me souviens que lorsque j’étais chez mon pote, ils avaient parlé d’un dysfonctionnement de l’Internet suite à une attaque massive de pirates informatiques. Ils avaient redirigé toutes les requêtes vers des sites pornographiques. Dans le jargon, on appelle ça de l’ARP Poisoning. C’était drôle pour cette bande de dégénérés, ça l’était beaucoup moins pour moi quand j’avais besoin d’un putain de GPS.

Tant pis, puisqu’on ne peut plus faire confiance à la technologie, j’irai à pied. Au hasard, je longe le Rhône. Je me rends compte que l’eau a envahi les boulevards et que le ciel était gris sombre. Je me suis mis à courir, quand tout à coup, sans transition, je me suis pris d’une immense euphorie. J’ai sorti mon smartphone. Je savais qu’Instagram ne marchait plus, mais ça fera une super story pour quand je pourrai la poster! Je marche joyeusement les pieds dans l’eau, éclaboussant tout le monde au passage, et je filme Lyon sous le déluge. Je m’aperçut que d’autres personnes aussi barrées que moi se mirent à en faire autant.

L’euphorie n’a pas duré. Le niveau de l’eau a encore monté, le Rhône a débordé. Déjà ? Mais nous ne sommes qu’en Janvier ! Les rues sont devenues des rivières, il était difficile de manoeuvrer, les voitures, les maisons et les meubles virevoltant hasardeusement dans tous les sens. Il n’y avait plus de différences entre les riches et les pauvres. Ne sachant plus que faire, avec ma situation de bon à rien, je suis entré dans un bar, j’ai sorti ma masse cloutée, j’ai cogné dans le tas et je me suis enfilé je ne sais combien de bières.

Et puis, plus rien. Le néant.

Je me réveille. Nous sommes le 11 Janvier 2024. Je suis de retour à Nîmes, affamé, sale et décrépi, avec un gros découvert. Quelques jours plus tôt, le cumulus a explosé et manqua de transformer mon appartement en taudis.

J’ai compris quelque chose, ce matin. La fin du monde est proche. Et ce ne sera ni le feu, ni la haine, ni le racisme, ni la guerre qui en sera la cause. Ce sera l’eau. Et cette fois, il n’y aura pas d’arche de Noé.

© Hefka

La fin du monde
La fin du monde

Vous pourrez retrouver tous mes autres textes ici.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Mastodon